CCB Info. N°4 mai - juin 2000
L'actualité du Collège Coopératif
en Bretagne
EDITO
ENTREPRENDRE
D'APPRENDRE (1) TOUT AU LONG
DE LA VIE
Le Forum de Printemps du 12 avril 2000 consacré
au thème des "Compétences et
des qualifications" a mis en lumière
les changements multiples qui touchent aujourd'hui
le paysage de la formation professionnelle continue
et de l'éducation permanente. De son côté,
le Conseil Scientifique du Collège a engagé,
depuis quelques mois, une réflexion approfondie
sur les perspectives d'évolution de l'offre
de formation, notamment en matière de création
de nouvelles formations diplômantes et certificatives,
de validation des acquis et de modularisation des
enseignements. Cette démarche s'inscrit dans
le cadre d'une réflexion plus générale
conduite au niveau régional avec nos partenaires
et aussi au plan national dans le cadre du Groupement
des Collèges et du Réseau des Hautes
Etudes des Pratiques Sociales -RHEPS-.
Le Projet de loi de Nicole PERY,
en débat aujourd'hui, devrait donner une
impulsion significative. Le droit individuel transférable
et garanti collectivement et le principe du co-investissement
ouvrent des perspectives prometteuses. En matière
de validation des acquis, le ministère2 prépare
des directives qui vont faciliter la reconnaissance
de l'expérience sociale et professionnelle
dans l'accès à la formation et dans
l'attribution, de tout ou partie, de diplômes.
Une diversité de stratégies formatives
prennent corps, elles témoignent d'un rapport
au travail et au savoir qui se transforme. Nous
constatons d'ailleurs une évolution sensible
du profil et des attentes des étudiants adultes
accueillis au Collège.
Il convient d'identifier les sources
de ces changements, d'en comprendre les enjeux et
d'adopter une posture favorable aux adaptations
nécessaires, aux ruptures indispensables,
aux expérimentations porteuses d'avenir.
Sans pouvoir identifier avec certitude si ce que
nous vivons relève d'une simple réforme,
d'une refondation ou encore d'un aggiornamento annonciateur
d'un nouveau monde de production et de circulation
des connaissances, nous devons aujourd'hui interroger
un modèle forgé au cours des années
soixante dans la mouvance de l'EHESS ; modèle
très imprégné des utopies éducatives
de l'éducation populaire. L'objet de cette
contribution est de proposer un point de vue, de
partager des réflexions, bref de nourrir
cet ordre négocié3 qui fonde ll'originalité
du projet collégial.

Un paysage en mutation, des perspectives
nouvelles
Le Contrat d'études4 prospectives
des organismes de formation, réalisé
de 1995 à 1997, a mis en évidence
des variables d'évolution. En premier lieu
ce diagnostic souligne les limites budgétaires
et en conséquence prévoit la recherche
de rationalisation, de qualité et d'optimisation
des moyens. Cette tension entre l'offre et la demande
rend obsolète une logique construite uniquement
sur l'offre et le catalogue, pour imposer une logique
de construction conjointe d'un rapport cohérent
et clarifié entre l'expression de la demande
et la construction d'une réponse pédagogique.
En second lieu, les rédacteurs de ce rapport
annoncent le temps de la flexibilité, des
réseaux, de la technologie et de l'autoformation.
Cette orientation des pratiques, déjà
perceptible, accentue l'individualisation du rapport
à la formation, bouscule la place du formateur,
interroge l'apparte- nance de l'apprenant à
des
collectifs de pairs. Enfin, l'alternance formation/travail
loin de constituer une césure, qui pourtant
est parfois nécessaire, deviendra l'épine
dorsale du lien entre les apprentissages effectués
en situation professionnelle et les acquisitions
réalisées en centre de formation,
en centre de ressources pédagogiques ou encore
à domicile. Le déplacement de la fonction
du formateur, de sa forme la plus basique du face
à face pédagogique, vers des missions
d'ingénierie de formation est engagé.
Les centres de formation continue
sont confrontés à des enjeux de concurrence
accrue et de diversification. Malgré un rétrécissement
perceptible de la demande solvable, l'offre de formation
se développe par la double certification
et la création de nouveaux diplômes.
De plus, les organismes employeurs, comme les collectivités
publiques, multiplient les sollicitations pour concevoir
et mettre en uvre des formations spécifiques
"intra-muros" et aussi des missions d'étude
et de recherche. La commande centrée sur
l'opérationnel, qui privilégie le
temps court et le retour rapide sur investissement,
contrarie les logiques de développement personnel
qui requiert un investissement durable et génèrent
des retombées dont la rentabilité
immédiate est plus aléatoire. Ces
organismes doivent également prendre en compte
l'évolution du public, appréhender
des trajectoires diversifiées, répondre
à des stratégies formatives hétérogènes.
Concilier formation professionnelle
et éducation permanente
L'originalité et la pertinence
du modèle collégial de formation résident
dans son approche complexe et la mise en tension
de concepts et de logiques : recherche et action,
implication et distanciation, individuel et collectif,
projet et trajet, objet et sujet, interdiscipline
et discipline, particularité et universalité.
Le parcours de formation par la recherche-action
constitue une opportunité pour visiter à
nouveau, individuellement et collectivement, son
rapport au savoir, au travail et aux autres. "Entreprendre
d'apprendre" est alors un processus d'apprentissage
permanent qui, au gré des contraintes et
des opportunités, permet à l'apprenant
d'acquérir une qualification professionnelle
complémentaire et aussi d'assurer son développement
personnel par une éducation qui forme et
transforme son rapport à la culture et aussi
sa propre contribution à la culture.
Pour conclure, rappelons que les valeurs fondatrices
du projet collégial, loin de s'apparenter
à des utopies obsolescentes, constituent
un terreau fertile qu'il convient d'exploiter et
d'entretenir. L'éducation permanente, la
pédagogie coopérative, la validation
des acquis, les économies sociales, alternatives
et solidaires sont autant de combats contemporains
de défis à relever face à la
banalisation et à l'instrumentalisation.
Et si l'offre de formation supérieure continue
doit prendre en compte l'évolution des exercices
professionnels et l'impact des politiques publiques,
elle devra également être à
l'écoute des attentes et des aspirations
des acteurs, expérimenter et intégrer
de nouvelles pratiques pédagogiques, offrir
de nouveaux outils. La coopérative de formation
et de recherche, que constitue le Collège,
apportera ainsi une contribution substantielle à
la promotion individuelle et collective des acteurs.
Alain PENVEN
Directeur du CCB
Notes :
1- Henri
DESROCHE, Entreprendre d'apprendre : d'une autobiographie
raisonnée aux projets d'une recherche-action,
Paris : éd. Ouvrières, 1978, 300 p.
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2- Ministère de l'emploi et de la solidarité,
24.2.2000 Retour au texte
3- Intervention de Marcel CALVEZ, vice-président
de l'Université Rennes 2, Forum de Printemps
du CCB, 12 avril 2000. Retour au texte
4- Où vont les organismes de formation ?,
Education permanente, N°132/1997/3
SUR LE NET
Une nouvelle page d'accueil
Le site Web du CCB a déjà
deux ans ! Pour marquer le coup, la présentation
de la page d'accueil a été totalement
refondue et se veut plus conviviale.
Etudiants, formateurs et intervenants du CCB, ce
site est aussi le vôtre, vos propositions
et vos remarques sont donc les bienvenues pour vous
offrir un meilleur service ! Envoyez vos commentaires
par e-mail à eric.deshayes@uhb.fr ou à
l'aide du formulaire en ligne.
Le catalogue de la bibliothèque
en Intranet
Le catalogue de la bibliothèque
du CCB est désormais accessible en Intranet
à partir d'une simple page Web. L'interrogation
du catalogue peut se faire sur différents
champs : auteur, mot du titre, éditeur, année
d'édition...
Adresse : http://www.ccb-formation.fr/intranet.htmContact
: Eric Deshayes au 02.99.59.62.60 ou eric.deshayes@uhb.fr
NOUVEAUX MEMOIRES
Evelyne DI PASQUALE
"Choisir sa vie à l'heure de la retraite
- Une possibilité pour les personnes handicapées
mentales ?"
Coopérateur de recherche : Alain VILBROD,
Sociologue UFR Lettres et Sciences Sociales Victor
Segalen
Fatiha TARIB
"L'intégration d'une " migritude
" - La place sociale des jeunes Rennais d'ascendance
marocaine."
Coopérateur de recherche : Jean Yves DARTIGUENAVE,
Maître de Conférences en sociologie
Rennes 2
Eric BELLIN du COTEAU
"Etablissements scolaires et territoires ruraux.
La contribution des lycées agricoles au développement
local." Coopérateur de recherche : Alain
EVEN, Socio-économiste UFR Sciences Sociales
Rennes 2Contact : Eric Deshayes au 02.99.59.62.60
ou eric.deshayes@uhb.fr
QUE SONT DEVENUS LES DHEPSIENS
?
Une nouvelle enquête Afin de
mesurer l'impact de la formation DHEPS sur les trajectoires
professionnelles et sociales, le CCB a réalisé
en 1992, puis en 1995 et plus récemment au
cours de l'année 1999, une enquête
par questionnaire. Les premiers enseignements de
cette enquête mettent en lumière les
changements qui se produisent au cours où
à l'issue de la formation.
De cette enquête ressort une dynamique générale
de transformation des pratiques professionnelles
et des acteurs eux-mêmes.
En effet, parmi les étudiants ayant répondu
(39 sur 107 personnes interrogées), 85 %
ont connu des modifications dans leurs pratiques
professionnelles. Selon les étudiants, ces
modifications sont liées à l'acquisition
de nouveaux outils de travail : outils théoriques
et méthodologiques.
Ces modifications des pratiques professionnelles
sont le résultat en grande partie de changements
de l'activité professionnelle.
67 % des étudiants ont, en effet, connu des
évolutions de leur activité professionnelle
pendant la formation et/ou à l'issue de la
formation : la moitié d'entre eux ont de
nouvelles responsabilités sans changement
de fonction ou de grade, et 35 % ont changé
de métier. Ces changements de l'activité
professionnelle ont lieu le plus souvent dans le
même contexte institutionnel. On a donc bien
une reconnaissance par le milieu professionnel de
l'acquisition de compétences nouvelles susceptibles
de légitimer ces nouvelles responsabilités.
Les transformations des pratiques sont observables
non seulement sur le plan professionnel mais aussi
sur le plan personnel. Le parcours de formation
transforme en partie l'individu. Il développe
la capacité à prendre plus de recul
par rapport aux événements quotidiens,
et aussi une certaine curiosité intellectuelle.
Au total, les dhepsiens en très grande majorité,
jugent le dispositif de formation performant. Ils
soulignent sa qualité, et l'éclairage,
la distanciation et l'ouverture qu'il permet.
Enquête réalisée par Marilyne
Fournier (MST "Intervention sociale et développement"
à Caen).
Pour en savoir plus : contactez le CCB afin de consulter
les rapports d'enquête qui seront prochainement
disponibles sur le site Internet.Contact : Eric
Deshayes au 02.99.59.62.60 ou eric.deshayes@uhb.fr
Parcours d'un dhepsien
 |
Récit de Pascal SOURGET,
ancien étudiant du DHEPS (promotion 26).
"Etre le témoin privilégié
d'une étape de sa propre vie ; se retourner
sur soi, sur les autres au travers de ses pratiques,
c'est ce que m'a permis de faire le parcours
du DHEPS que j'ai réalisé de 1995
à 1999." |
"Après avoir occupé
durant 5 ans des mandats locaux, nationaux et internationaux
au service de mon organisation syndicale et des
salariés que je représente, je m'interrogeais
sur les possibilités de valider les formations
directes (en face-à-face) et indirectes (expérientielles)
en termes d'acquis " professionnels ".
De ce questionnement ressortait, pour moi, deux
possibilités : soit faire valider mes acquis
dans le domaine juridique et m'engager vers des
études de droit ; soit choisir la voie "
sciences humaines " et suivre une formation
DHEPS. C'est cette deuxième option que j'ai
choisie.
Cette formation m'a permis d'opérer une recherche-action
sur une population que je croyais connaître
en entrant en formation : les saisonniers du tourisme.
Mon thème de recherche porta donc sur l'identité
des salariés saisonniers du tourisme en Pays
d'Auray, mémoire qui sera du reste utilisé
durant l'élaboration du rapport " Anicet
Le Porz " commandé par le ministère
de l'emploi et par celui du tourisme en 1999 sur
" l'amélioration de la situation sociale
et professionnelle des travailleurs saisonniers
du tourisme ".
Après le DHEPS, validé par une soutenance
en février 1999, le parcours aurait pu s'arrêter
là. Les propositions d'emploi dans et hors
du cadre syndical étaient suffisamment nombreuses
pour me satisfaire au-delà de mes espérances.
Mais mon choix s'est porté sur une autre
épreuve : suivre une formation de troisième
cycle.
En effet, considérant que j'étais
impliqué dans le processus de recherche et
ayant une opportunité de financement d'un
DESS, je me suis réengagé dans cette
nouvelle " épreuve ". Cette formation
s'insère aussi dans un processus de spécialisation
dans le domaine de l'emploi et de l'ingénierie
de la formation."
Contact : Eric Deshayes au 02.99.59.62.60 ou eric.deshayes@uhb.fr
RECHERCHE D'ACTEURS (DUGS)
Anne GUYOT-THIBOULT
Paroles et silences aux heures du crépuscule
Coopérateur de recherche Maryvonne ROGINSKI,
Psychologue, Responsable pédagogique DUGS"Dans
mon travail d'infirmière à domicile,
où je rencontre surtout des personnes avancées
en âge... et depuis 17 ans que j'exerce...
les silences autour de la mort sont pour moi un
mystère. Les silences... plus que la mort
elle-même. A travers cette recherche, j'ai
essayé d'apporter réponse à
cette question sans cesse réactivée
dans mon exercice professionnel : " Comment
comprendre que la mort du sujet âgé
soit si peu parlée dans notre pratique gérontologique
? " Avec " le tabou " comme hypothèse
explicative de départ, je me suis mise à
l'écoute des différents " parler
" de la mort :
" la mort au temps passé ", racontée
par des personnes avancées en âge ;
" la mort au temps présent ", dite
par ces mêmes personnes, mais aussi par des
professionnels travaillant au maintien des sujets
âgés à leur domicile.
Cette écoute m'a fait découvrir de
façon nouvelle l'importance des clivages
culturels inter-générationnels, et
celle du contexte social ambiant. Si le tabou, présent
"autrefois" demeure "aujourd'hui,
il n'est pas suffisant pour expliquer que nous soyons
passés de la mort " acceptée
" des débuts du 20e siècle à
la mort " refusée " de notre actuel
Occident moderne. Entre temps a pris place le déni
social de la mort auquel j'essaie d'apporter deux
propositions explicatives :
- la montée de l'individualisme au détriment
du sens communautaire,
- la croissance de " l'homme-dieu " au
détriment de l'acceptation de nos limites
humaines."Mémoires à consulter
au CCB.
Contact : Eric Deshayes au 02.99.59.62.60
ou eric.deshayes@uhb.fr
A NOTER
En projet pour septembre/octobre
2000
Une nouvelle promotion du DHEPS FIF
(Formateur et Ingénierie de la formation).
Contact : Claude Hooge et Jean-Luc Blaise au 02.99.14.14.37
ou jean-luc.blaise@uhb.fr
La troisième promotion du
DHEPE Pratiques Managériales.
Contact : Paul Ondongo au 02.99.14.14.38 ou paul.ondongo@uhb.fr
En projet pour janvier 2001
Une nouvelle promotion DHEPS APS
(Analyse de Pratiques Sociales)
Contact : Suzanne Kolb au 02.99.14.14.41 ou suzanne.kolb@uhb.fr
La deuxième promotion du Certificat
d'Animateur d'atelier d'écriture
Contact : Christine Orand au 02.99.14.14.43
La troisième promotion DUGS
(Diplôme Universitaire en Gérontologie
Sociale)
Contact : Christine Orand au 02.99.14.14.43
Une nouvelle promotion DUPITH
(Diplôme Universitaire des Profesionnels de
l'Insertion des Travailleurs Handicapés).
Contact : Jean-Luc Blaise au 02.99.14.14.37 ou jean-luc.blaise@uhb.fr
Une nouvelle promotion CADR-ARAC
(Mastère de recherche-action-coopérative)
Contact : Alain Penven au 02.99.14.14.41 ou alain.penven@uhb.fr
En projet pour octobre 2001
La première promotion
du DESS.ES.DS (Economie Sociale et Développement
Solidaire)
Contact : Alain Penven au 02.99.14.14.40 ou alain.penven@uhb.fr