CCB - Collège Coopératif en Bretagne : formation continue, recherche-action coopérative
 
CCB Info N°21 Février / Mars 2005
L'@ctualité du Collège Coopératif en Bretagne

Edito

A propos d'inégalités...

Les sociétés démocratiques fondent leur discours sur le principe d'égalité. Dès lors, elles doivent justifier le hiatus qui existe entre le principe et la réalité flagrante des inégalités. Il en est ainsi dans le monde de l'école, du travail et en matière de santé. Justement, le thème des inégalités sera traité lors du prochain Forum de Printemps du Collège Coopératif en Bretagne à partir des trois domaines ci-dessus, en croisant les données de la recherche en Sciences Sociales et celles issues de pratiques sociales. Comme base d'une première réflexion, je vous propose que l'on aborde les inégalités à l'école, l'Institution scolaire constituant l'objet d'une partie de mes recherches en Sciences de l'Education. Cette institution qui est censée repérer les individus les plus méritants et les promouvoir jusqu'aux meilleures places, devrait donner à chacun sa chance, à tous des chances équivalentes…. Aussi, parmi les multiples inégalités sociales, les inégalités à l'école pour cette raison même, sont perçues comme particulièrement intolérables. Plus qu'une réalité parmi d'autres, ces dernières jouent le rôle de véritable courroie de transmission des s qui remet en question l'idéologie méritocratique. Ceci explique que l'analyse de la genèse des inégalités sociales à l'école constitue un réel enjeu, à la fois scientifique et politique puisque cela revient finalement à traquer les processus qui engendrent et reproduisent ces inégalités.

Les mécanismes sous-jacents à ces inégalités à l'école sont plutôt bien identifiés. Dès l'entrée en maternelle certaines sont déjà visibles, surtout marquées dans le domaine de la logique verbale. Il s'avère que la profession du père récapitule un ensemble de caractéristiques du milieu familial qui explique le mieux les performances des élèves et leurs écarts. Il faut ajouter que la fréquentation de l'école maternelle ne réduit pas ces écarts sociaux, ceux-ci ayant même une légère tendance à s'accentuer. Ces inégalités sociales présentes à un niveau scolaire auront, en outre, un effet pérenne par l'intermédiaire du niveau atteint à l'entrée dans le cours suivant. Une logique d'accumulation, même si elle est discrète, existe bel et bien.

Aux inégalités de réussite à l'école primaire liées au milieu social vont s'ajouter, à partir du Collège, des inégalités résultant des choix scolaires (choix d'options, choix d'établissements…). Il s'avère, en effet que les caractéristiques du contexte scolaire participent à la genèse des inégalités sociales de carrières scolaires. Ainsi, il est établi que l'on apprend plus ou moins bien selon les contextes (le nombre d'élèves par classe, les enseignants, les établissements…) ; que les usagers les plus avertis le savent et réussissent à faire bénéficier leurs enfants des meilleures conditions d'enseignement.

En matière d'orientation, l'orientation en France étant conçue comme une réponse aux demandes familiales, les choix concourent aussi à l'accroissement de inégalités sociales au collège. En guise d'illustration, citons une étude récente du Ministre de l'Education Nationale qui montre qu'en fin de 3ème, avec moins de 9 de moyenne au contrôle continu du Brevet, 66% des familles de cadres contre 18% des familles ouvrières demandent une orientation en second cycle long. A l'inverse, on observe par contre quel que soit le milieu social une uniformité des demandes chez les bons élèves. L'auto sélection dont font preuve les familles de milieu populaire n'est pas corrigée, sauf de façon exceptionnelle, par l'Institution, si bien que les inégalités sociales incluses dans les demandes s'en trouvent entérinées.
L'ensemble de ces facteurs qui influent sur le déroulement des scolarités au collège est relativement bien connu, la recherche reste précieuse lorsqu'elle évalue leur poids respectif. A partir de données longitudinales, on a pu reconstituer la genèse de l'écart social d'accès à une classe de seconde générale ou technologique, entre enfants de cadres et enfants d'ouvriers. Environ 1/5ème de cet écart existe déjà à l'entrée en primaire et s'est donc constitué auparavant ; au cours du primaire environ 1/5ème de l'écart se forme spécifiquement, les 3/5èmes restants s'accumulent donc pendant les quatre années passées au collège, ce qui indique une accélération dans la genèse des inégalités sociales (Jarousse et Labopin, 1999).

Au cours de la scolarité au lycée, les comportements stratégiques de choix, d'options et de vœux d'orientation, bref les demandes familiales variables selon le niveau économique et culturel vont revêtir une importance exponentielle. Pour reprendre un exemple, la sur représentation des enfants de cadres en 1ère S, s'explique pour moitié par leur meilleur niveau scolaire à l'issue de la 3ème et pour environ, un tiers par leurs choix d'options, le reste s'expliquant par leur meilleure progression au cours de la classe de seconde et par le léger avantage que leur donnent les conseils de classe dans leurs décisions d'orientation.

Enfin, dans l'enseignement supérieur, projets et stratégies acquièrent encore plus d'importance, l'auto-sélection y étant en particulier omni-présente, principalement pour l'accès aux filières sélectives. Aussi, les classes préparatoires aux grandes écoles à valeur scolaire comparable, sont nettement plus choisies par les étudiants de milieu favorisé. Finalement, le " panorama " des études supérieures est socialement très contrasté (Euriat et Thélot, 1995) : le poids des enfants d'enseignants et de cadres supérieurs (qui est de l'ordre de 15% chez les 20-24 ans) varie de 4% pour les sections de techniciens supérieurs pour atteindre 52% dans les classes préparatoires aux grandes écoles et mêmes 81% dans les plus " grandes " des grandes écoles (Polytechnique, ENA, HEC et ENS).

Au total, les inégalités entre enfants, déjà repérables à l'entrée en maternelle continuent de s'accumuler au cours de la scolarité. Mais l'incorporation de l'influence de l'origine sociale dans la valeur scolaire, qui s'ajoute à une sélection plus ou moins forte, fait qu'à partir du lycée et surtout dans l'enseignement supérieur, l'origine sociale cesse d'être associée spécifiquement à la réussite. Les inégalités liées aux choix, à ce stade, jouent de manière exponentielle et la différenciation entre filières crée des micro milieux relativement homogènes socialement. Bref, les inégalités sociales à ce stade jouent plus dans l'inter-filières que dans l'intra-filières (Duru-Bellat, 2002). Ce qui signifie que l'origine sociale joue un rôle de plus en plus important dans les inégalités (elle clive de plus en plus les populations d'élèves), mais dans le même temps, le déroulement du cursus apparaît de plus en plus méritocratique. Nous sommes en présence d'un jeu largement déterminé socialement. Dans ce jeu, quelle est la responsabilité propre de l'école ? Elle semble peu importante par rapport à ces inégalités de choix largement déterminées par les inégalités sociales prévalant dans la société. Il n'en demeure pas moins que c'est l'école qui attribue plus ou moins d'importance à ces choix inégaux, par son organisation. Elle est encore plus directement en cause dans les inégalités d'acquis, d'autant plus que la fréquentation scolaire ne les atténue pas, bien au contraire. A égalité de milieu social, il y aurait une variation de un à trois dans la réussite scolaire globale (Dubet, 2000). Il est donc primordial d'étudier la manière dont ces inégalités de réussite et de carrière se fabriquent dans des contextes scolaires eux-mêmes fort variés, afin de mieux cerner les contours de cette responsabilité et de mieux y remédier. Revenons sur quelques interrogations.

L'école peut-elle s'abstenir de sélectionner ? A l'évidence, non, étant donné que les formations préparent à des emplois divers et inégaux. Et le rôle de la méritocratie ? Elle jouerait vraiment si cette sélection venait se greffer sur un socle partagé par tous les individus où ne serait tolérée aucune inégalité. Car, nous le savons, les élèves abordent l'école avec des atouts fort inégaux qui résultent eux mêmes des conditions de vie inégales entre adultes (entre parents, entre situations professionnelles elles-mêmes) qui dépendent des politiques de l'emploi, du logement etc… Nous pouvons conclure à une interdépendance des inégalités et en matière d'éducation, il convient de donner leur place aux politiques scolaires mais rien que leur place…

Mon seul but avec ces propos sur les inégalités à l'école était de susciter l'envie de débattre de questions cardinales, celles concernant les inégalités le sont. Le Forum de Printemps sera l'occasion de nourrir et de partager des débats féconds sur ce sujet à partir d'approches diversifiées comme sait les mettre en œuvre le Collège Coopératif en Bretagne.


Charles RONCIN
Professeur Université Rennes 2
Président du Conseil Scientifique du CCB

Références :

- Dubet F. (2000) - Les inégalités multipliées, La Tour d'Aigues, les Editions de l'Aube.
- Duru- Bellat M. (2002) - Les inégalités sociales à l'école : Genèse et mythes, Paris PUF.
- Revue " Comprendre " n° 4, Octobre 2003, PUF.
- Euriat M. , Thélot C. (1995) - Le recrutement social de l'élite scolaire depuis 40 ans, Education et Formation, n° 41, p 2 - 21.
- Jarousse JP., Labopin M.A. (1999) - Le calendrier des inégalités d'accès à la filière scientifique, L'orientation scolaire et professionnelle, 28 n°23, p 475-496.
- Merle P. (2002) - La démocratisation de l'enseignement, Paris, La Découverte.

La formation par la recherche, la pédagogie coopérative, l'alternance.

Nouveaux mémoires

DHEPS REPS

GUINCHE Christophe
" J'ai des maisons partout.
Expériences et représentations habitantes de jeunes sans logement à Saint-Brieuc."
Coopérateur de recherche : Djémilia Zeneidi, Chargée de recherche CNRS/RESO/Rennes 2
JOUET-LEPORS Michèle
" L'évolution des représentations sociales des étudiants infirmiers sur la profession infirmière au cours de la formation : Un chemin vers l'autonomie et la professionnalisation pour une mise en oeuvre de l"Agir" infirmier "
Coopérateur de recherche : Nicolas Roussiau, Professeur - Université de Nantes

LEMARCHANT Rachel
" Agriculture et cessation d'activité : le cas des départs précoces volontaires.
Approche sociologique d'une crise identitaire. "
Coopérateur de recherche : Ali Ait Abdelmalek, MC Rennes 2

DHEPS FSIF

MEUNIER Valérie
" Identité stigmatisée et nouvelles stratégies identitaires.
Le Stage d'insertion comme processus de transformation de personnes devenues travailleurs handicapés. "
Tuteur : Jean-Luc Blaise, Formateur - Ecole d'Ergothérapie

Echos des Recherches

Réseau d'entraide familial

Depuis quelques années en France, les politiques sociales tentent de développer des mesures favorisant la prévention ; elles privilégient notamment la mise en place de nouvelles formes d'intervention s'appuyant sur un partenariat structuré. Les différents textes oeuvrant pour la décentralisation consolident cette visée. Dès lors, les actions entreprises dans le domaine social doivent dépasser l'entrée par public et par type de problématiques pour faire place " à l'analyse des situations et des trajectoires individuelles et collectives.
Dans ce cadre, un groupe interinstitutionnel sur Saint-Malo, se constitue afin de mener une réflexion, en lien avec les travaux de Carl Lacharité de l'Université des Trois Rivières (Québec) sur la mise en place de réseau d'entraide familiale ayant pour finalité l'évitement du placement familial de l'enfant. Ainsi, le CDAS (Centre Départemental de l'Action Sociale) de Combourg, l'APASE de St Malo, la PJJ et le CDE (Centre départemental à l'Enfance) mettent en place, à partir de septembre 2002, une action expérimentale visant la constitution de familles " soutiens " qui accompagnent les familles étant, à un moment donné, en difficultés dans le cadre de leur lien parental. En complémentarité des actions des professionnels, ce réseau a pour objet de créer (ou recréer) du lien social et d'échanger, dans un rapport de réciprocité, sur les compétences parentales de chacun des acteurs. Cette action, accompagnée pendant un an par le Collège Coopératif en Bretagne, vient de terminer sa première phase ; les résultats s'avèrent encourageants puisque divers changements ont été notés, notamment en ce qui concerne le regard des professionnels sur les familles aidées mais aussi le regard des familles en difficultés sur leur environnement.
Il reste aujourd'hui au groupe interinstitutionnel de prolonger l'action en modifiant quelques paramètres afin de répondre au mieux à l'hypothèse de l'action qui consiste à affirmer que " toute famille, au cours de son histoire, est susceptible d'avoir besoin d'un soutien ; toute famille, au cours de son histoire, est susceptible d'apporter une aide ".

Contact : anne.delucq@univ-rennes2.fr


L'engagement bénévole

Avec l'appui du CCB, la FR MJC de Bretagne a engagé une nouvelle recherche-action sur le thème de l'engagement bénévole dans les MJC de Bretagne " pour mieux connaître ces bénévoles afin de mieux les reconnaître ". Un groupe régional de recherche-action a été constitué. Dans un premier temps, un questionnaire a été diffusé largement auprès des trente associations membres de la fédération. Cette première approche qui vise à dresser la photographie du bénévolat dans les MJC, à identifier les trajectoires et à comprendre le sens de l'engagement associatif, est en cours de traitement. Une enquête complémentaire va être menée à partir d'entretiens compréhensifs. Les résultats de ces enquêtes, qui seront présentés lors du Forum organisé par la FR MJC à Plestin les Grèves les 7 et 8 mai, vont nourrir la définition d'un programme de sensibilisation et de formation pour l'ensemble des acteurs qui s'investissent dans le mouvement MJC. Notons la parution de l'ouvrage " Dynamiques associatives et changement social " qui présente les principaux enseignements de la première démarche de recherche-action menée par le CCB autour de la question des projets associatifs.

Contact : alain.penven@univ-rennes2.fr

A noter

Forum de Printemps et séminaire européen

13 Avril 2005 - Chambre des Métiers à Rennes
Conférences et ateliers sur le thème " Inégalités : inégalités au travail, à l'école et en matière de santé.
Quelles initiatives et politiques pour lutter contre les inégalités liées au genre, aux situations de handicaps, aux appartenances sociales ? "


Journées d'étude

" Médiations " par Jean-François SIX - Institut de Formation à la Médiation
13 mai 2005 - CCB (séminaire Master IMP ouvert)
" Espace public et démocratisation de l'économie " par Bernard EME - CRIDA (sous réserve)
20 mai 2005 ou 27 mai 2005 - CCB (séminaire Master MOES ouvert)
" L'intervention sociale en Europe " par Claude MARTIN - ENSP & François KESSLER - Paris 1
8 juin 2005 - CCB (séminaire Master IMP ouvert)

Formations

Démarrage en octobre 2005

CAFERUIS-DHEPE (en partenariat avec l'AFPE)
Contact : paul.ondongo@univ-rennes2.fr

DHEPE Management et qualité
Contact : paul.ondongo@univ-rennes2.fr

MASTER Management des Organisations de l'Economie Sociale
Contact : alain.penven@univ-rennes2.fr

MASTER Insertion Médiation Prévention
Contact : alain.penven@univ-rennes2.fr

 

 

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