Retours de Brest : la recherche action qualifiante au détour de sa démarche exploratoire !

En janvier dernier, s’est achevée la démarche exploratoire d’un groupe de travailleurs sociaux en Recherche Action qualifiante (RAQ) accompagné sur le quartier de l’Europe à Brest par le CCB.
Deux ans à arpenter ce quartier pour y repérer les liens sociaux informels, deux ans de riches rencontres et la formation d’un groupe. Le groupe a retraduit cette expérience via une performance sous forme d’une émission de radio avec reportages, vraies fausses pub, chansons et émotions, le jeudi 14 janvier dernier, en présence de quelques habitants et ont écrit un document relatant leur démarche.

Extraits :

“ Il y a celle qui est venue prendre un bol d’air. Ce bol de d’air frais qui viendra peut-être, sait-on jamais vivifier la pratique professionnelle. Il y a l’étudiant dans l’âme qui recherche les concepts théoriques. Il y a le bavard. Il y a le mutique, l’observateur fin. L’autre avec ses principes. Celle qui recherche la rencontre spontanée et celui qui cherche la simplicité. Ceux qui recherchent du sens et ceux qui vont à contresens. Il y a l’écrivain poète et celui qui n’écrit pas. Il y a des personnes d’expérience. D’autres toutes neuves, sorties du couffin. Certains sont venus marcher sur un sentier de randonnée balisé, d’autres sur un estran au milieu des sables mouvants. Il y a ceux et celles qui sont, et d’autres qui ne sont pas. Il y a ceux qui veulent et ce qui n’acceptent pas. Celles qui peuvent, ceux qui ne peuvent pas. Il y a aussi ceux qui aiment le café et celui qui ne l’aime pas. (Il est tout seul). Il y a les râleurs et les bouts entrain. Il y a ceux qui utilisent le « oui mais…”.

Vous savez ceux qui ne font rien. Il y a ceux qui font et qui réfléchissent après. Il y a le bon chasseur et le mauvais chasseur. (Il faut renifler disait l’autre)
Bref un groupe c’est complexe, les gens y sont tous différents, mais parfois, ils se ressemblent…Beaucoup. Alors les gens se voient dans le miroir de l’autre. L’image est parfois engageante, parfois effrayante… Heureusement que certains défauts des uns contrebalancent les défauts des autres…Il se dégage parfois une direction commune. Une forme de tranquillité collective s’installe. Vous savez, cette tranquillité que certains accompagnateurs aiment titiller.


Quant à ce propos, Richard Sennett dans « Ensemble, pour une éthique de la coopération » nous éclaire sur le chemin à emprunter : « Partager avec d’autres peut compenser ce qui nous manque individuellement », estime-t-il. « La coopération est naturelle à l’espèce humaine, elle est inscrite dans ses gènes », rappelle-t-il. Pour autant, elle demande sans cesse à être « développée et approfondie », d’autant que la bonne écoute et le travail en sympathie forment « un processus épineux, fourmillant de difficultés et d’ambiguïtés ».


Chacun de nous a parcouru un chemin. Nous nous retrouvons à ce carrefour de notre vie. Il s’intitule RAQ à Brest. Ce carrefour est le terrain des possibles. Il nous revient de construire le chemin à emprunter avec qui nous sommes, avec ce que nous sommes avec ce qui se présente.
Le groupe est fait de ces diversités. Nous sommes faits d’histoires qui ne se connaissent pas.
Nous sommes faits de vibrations, de sensations. Nous avons des vécus très variés emprunts d’intensité. Notre fonction professionnelle masque à ce moment, la richesse de nos parcours, la profondeur de ceux-ci. Leur légèreté et leur lourdeur, se devinent peut-être dans notre allant, dans nos scepticismes, dans nos sourires ou nos regards fuyants. Nos corps expriment, nous ne le percevons pas… La présence de chacun, sa non-participation parfois, dit quelque chose que nous n’entendons pas. Notre aveuglement est si fort et pourtant nous ne savons rien. En même temps une forme de naïveté est présente : « celle qui prend le temps, celle qui laisse découvrir, celle qui permet à l’expérience de se tenir. »

Yoann, Virginie, Vanessa, Hervé, Marie, Gildas, Jean-Luc et Frédéric.

Merci à eux pour cette belle aventure !